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Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba, l'homme qui fut le premier Premier ministre du Congo indépendant, est assassiné. Comme chef du gouvernement, il a rapidement cristallisé toutes les rancoeurs, celles des Blancs qui ne supportent pas la fin de leurs privilèges, celles d'autres leaders africains qui ne souhaitent pas un Etat unitaire. Sa mort met un terme à trois mois de mise en résidence surveillée puis d'incarcération. L'annonce de son décès n'intervient pourtant que plusieurs semaines après son exécution, en février. L'affaire suscite l'émoi. Le gouvernement belge se contente d'une vague désapprobation de toutes les violences. Des manifestations éclatent  à Bruxelles, à Londres, et dans plusieurs pays du mouvement des non-alignés. Quant aux circonstances, elles ne seront jusqu’à ce jour totalement élucidées.

Il faut dire que la carrière de Patrice Lumumba a de quoi déranger. Son discours, le 30 juin 1960, le jour de l'indépendance, reste, pour beaucoup de Belges, une injure au Roi et aux colonisateurs. Et s'il est Premier ministre, il est flanqué d'un Président, Joseph Kasavubu. Les deux personnages s'apprécient, mais entrent rapidement en concurrence. Et la cohabitation ne dure qu'un été. Dès le 5 septembre, comme le souhaitent les puissances occidentales et les Etats-Unis, Joseph Kasa Vubu démet Patrice Lumumba. C'est un coup de force, perpétré en totale illégalité.

La Belgique a-t-elle joué un rôle dans l'élimination physique de Patrice Lumumba le 17 janvier 1961? La question, longtemps taboue, a finalement été posée à une commission d'enquête parlementaire, en 2000. Pendant dix-huit mois, elle va entendre d'anciens acteurs de l'indépendance, ex-chefs de cabinet, hauts fonctionnaires, militaires gradés, et  historiens. Dans ses conclusions, elle reconnaît à l'Etat Belge une responsabilité morale, ce qui amène le ministre des Affaires étrangères, Louis Michel, à présenter des excuses au peuple congolais, et aux familles de Patrice Lumumba, Joseph Okito et Maurice M’polo, ses deux compagnons d'infortune.

Cette reconnaissance, il faut le dire, n'a pas complètement cicatrisé les plaies de "l'affaire Lumumba"...